"J'ai vu un ange dans le marbre et j'ai seulement ciselé jusqu'à l'en libérer" (Michel Ange)



25 octobre 2010


Choisir un coach professionnel

Régulièrement, je suis interpellée par des personnes qui critiquent sévèrement  le coaching ; par méconnaissance et parfois encore, sur la base fondée  de rencontres ou d’expériences  qui, malgré une exigence de professionnalisation croissante des coachs,  ne sont pas alignées sur les standards de la profession. Lorsqu’il y a presque 10 ans, j’ai choisi d’exercer mon métier  à la marge de l’entreprise,  je ne voulais pas prêter attention à ce type de remarque : « Patience, me disais-je, le marché fera le tri ». J’avais tort ; à l’époque, il n’en avait pas vraiment  les moyens.
Aujourd’hui les critères de sélection pour choisir son coach existent. Le premier est l’adhésion à une association professionnelle  de coaching  (en France principalement SFCoach, AEC/EMCC , ICF , FFC Pro)  qui  garantit un cadre déontologique à  l’exercice de la profession et constitue un recours juridique pour le client. 

 Les standards de la profession tels que définis par les associations professionnelles requièrent  de la part du coach :
- bien évidemment d’avoir suivi un cursus de formation certifiant ou diplômant  (généralement pluridisciplinaire) et d’être dans un processus d’apprentissage continue
- d’avoir une pratique éprouvée de l’accompagnement (statut professionnel, nombre d’heures d’accompagnement, etc…)

Mais aussi et surtout pour les coachs confirmés :
- d’avoir une connaissance approfondie des organisations ;  des contraintes économiques, des logiques de gestion, des politiques de management, des tensions, des jeux de pouvoir qui s’exercent sur le libre arbitre de leurs clients
-  d’avoir effectué un  travail approfondi sur soi, terminé ou en cours (travail généralement de nature analytique)
- d’avoir un lieu de supervision, « pilier de la construction identitaire »  de tous les professionnels de l’accompagnement des individus (coachs, psychologues, psychanalystes, travailleurs sociaux).  


De l’accompagnement de soi à l’accompagnement de l’autre

La supervision d’un coach par un autre coach ou thérapeute plus expérimenté  est un espace pour travailler,  à travers l’examen de situations  de coaching,  sur les conditions d’exercice de son  métier : éthique, cadre, posture, relation, … La supervision permet de transformer les difficultés rencontrées en ressources,  de permettre au praticien de faire les prises de conscience qui lui donnent  confiance dans ses capacités à accompagner  son client, avec ses doutes et ses limites.

Parce qu’un  coach est une personne avec son histoire et ses blessures ;  et qu’il est nécessaire de repérer ses propres projections pour ne pas entraver  le déroulement du coaching.

Parce que l’accompagnement est bien plus qu’une accumulation « d’outils » ; l’essentiel se joue dans la relation que le coach et son client vont tisser.  C’est la densité de la présence du coach, la qualité de la relation qu’il instaure,   cette « immersion dans la relation vive à autrui » cadrée dans l’alliance spécifique que se situe  la puissance du travail de coaching.

A tous ceux, coachs ou clients qui veulent en savoir plus cette exploration, je recommande  la lecture d’un ouvrage collectif « Le grand livre de la supervision » édité sous la direction d’Emilie Devienne, qui  rassemble les réflexions  d’une vingtaine de superviseurs.  

Il contribue largement à lever le voile sur une part intime du travail du coach. Et je ne suis surement pas la seule à espérer  qu’il  aidera  les clients à faire preuve d’exigence dans le choix de leur coach.















21 octobre 2010

De la reconversion professionnelle

En Europe, trois salariés sur quatre rêvent de changer de vie.

 Mais combien sont-ils à réaliser leur rêve ?  Combien de réussites, d’échecs et de changement de plans?  Aucune statistique officielle sur le sujet. Chose inhabituelle, les seuls chiffres dont nous disposons (enquête Monster)  concernent les rêves, et non les faits.
-        Les salariés européens seraient 74% à songer  à une reconversion,
-        8% se déclarent satisfaits de leur carrière actuelle.
 Le désir de fuite semble donc être la chose la mieux partagée au travail ! Et la crise économique,  loin de décourager les candidats, semble même précipiter les réorientations professionnelles volontaires.  Lorsque l’environnement devient mouvant et n’assure plus un minimum de sécurité, autant faire ce dont on a vraiment envie et ,  rêvons grand ! … être payé pour ce qu’on aime faire !
Est-ce le signe d’un véritable mouvement social ? Certains sociologues semblent le confirmer. L'effondrement des institutions tutélaires telles que la Famille, l'Etat, l'Eglise, l'Armée, les Syndicats bouleverse les schémas traditionnels et pousse  chacun à « devenir  lui-même », en dehors de ces  constructions collectives, ce qui ne s'est jamais produit dans l'histoire. La réorientation  professionnelle n’est souvent qu’un moyen d’assouvir  un désir plus profond: la réalisation de soi.
Les projets de nos clients  sont divers et variés : devenir son propre patron,  voyager, créer son activité, faire de sa passion une source de revenus, s’installer à la campagne, tous  obéissent à la même  logique: prendre sa vie en main, agir plutôt que subir, s’assumer, s’épanouir.


Pour autant, la réorientation professionnelle n’est pas « un long fleuve tranquille » 

Pour la plupart des gens, le désir de changement est fondamentalement ambivalent  : on cherche à rompre, mais avec quoi? Avec son métier, avec son environnement, avec son passé? Et pour aller vers où, vers quoi, pourquoi?
Des questions existentielles se greffent sur le projet professionnel amenant de la confusion interne.  Souvent une crise professionnelle, familiale ou personnelle (nouvelle organisation du travail, divorce, arrivée d’un enfant,  maladie,…)  fait monter encore la pression et sert de déclencheur. C’est généralement à ce stade que nos clients souhaitent être accompagnés dans leur décision et leur transition.

Cette crise ouvre un espace de liberté. Le désir de mettre au diapason convictions personnelles et mode de vie. . «Il y a encore dix ans, rappelle C. Négroni, l’idée de reconversion professionnelle n’était pas entrée dans le champ social. On parlait seulement de reconversion industrielle. Or, l’idée de reconversion professionnelle, qui s’est imposée aujourd’hui, va bien au-delà du changement biographique. Elle porte en elle l’idée de conversion, de retour à soi, de rencontre avec une partie de soi-même, d’où débouchera, peut-être, une importante transformation.»



S’engager réellement

Quel est le risque à attendre autant d’un changement de cap?  Se trouver soi-même en changeant de métier, est ce une illusion ? À trop espérer, à trop s’investir, que risque-t-on ? «C’est comme dans une histoire d’amour, explique cette ancienne employée dans l’administration reconvertie dans l’hôtellerie. Au début, tout est beau, tout est rose. On idéalise sa nouvelle vie, on en nie les défauts, on se dit que c’est la plus belle chose qui nous soit arrivée. Puis vient le moment de la désillusion. Rien ne va plus, l’argent ne rentre pas, le métier n’est pas si réjouissant. Les crises se succèdent, on s’énerve, on pleure, on désespère. Il faut rompre à nouveau, admettre qu’on s’est trompé, revenir en arrière. Ou alors, il faut prendre la décision de s’engager réellement, en connaissance de cause, et accepter qu’à la phase initiale de passion aveugle succède une phase de maturation vers un projet professionnel raisonnable pour les autres et acceptable pour soi.»
En tant que coach, j’ai  l’habitude de dire qu’il faut 5 ans pour trouver sa nouvelle place. Il y a des moments de doute, des oscillations entre persévérer ou se retirer, des chemins de traverse à prendre, des renoncements à faire, parfois une changement identitaire à vivre… mon métier consiste à vous aider à passer le gué plus rapidement et en sécurité.

Reconfiguration de notre société ou pas, tout ceci n’a pour autant rien d’hypermoderne.  À la fin de l’automne 1902, Franz Kappus hésite à délaisser la carrière militaire  pour embrasser la vocation d’écrivain. Il cherche une réponse auprès du poète Rainer Maria Rilke. «Votre regard est tourné vers l’extérieur, et c’est d’abord cela que vous ne devriez désormais plus faire, répond R.M. Rilke. Personne ne peut vous conseiller ni vous aider, personne. Il n’y a qu’un seul moyen: plongez en vous-même (…). Avant toute chose, demandez-vous à l’heure la plus tranquille de votre nuit: est-il nécessaire que j’écrive? Creusez en vous-même en quête d’une réponse profonde. Et si elle devait être positive, si vous étiez fondé à répondre à cette question grave par un puissant et simple: “Je ne peux pas faire autrement”, construisez alors votre existence en fonction de cette nécessité.»(Lettres à jeune poète, Paris, le 17 février 1903).

 Par-delà les époques et les frontières, le conseil  de R.M. Rilke reste d’actualité. 

17 octobre 2010

le "blues du dimanche soir"

"Blues du dimanche soir", fatigue chronique, insomnies, culpabilité, difficultés de concentration, émotivité exacerbée, perte d'estime de soi et de confiance en soi, et souvent, en corollaire, consommation accrue de tabac et d’alcool, mal de dos, ulcère, troubles cardiovasculaires, envie de tout plaquer…

Derrière les chiffres et les statistiques des « risques psychosociaux », que voit on sur le terrain  ? Des crises subites : le responsable de supermarché qui s’effondre tout à coup en larmes dans le bureau du médecin du travail ou de ce salarié qui « pète les plombs » en insultant son collègue de travail. Mais aussi un mal plus discret, plus intime : des nuits agitées, des colères rentrées, des moments de blues lorsque, le soir venu, on rentre du travail, vidé. L' enseignant qui a peur de rentrer dans sa classe, l'infirmier dont les objectifs de productivité lui demande d'agir contre son éthique, le banquier qui ment sur le taux d'interet du pret consenti à un personne dejà surendettée, le chef de projet informatique qui rêve de devenir ébéniste ou tailleur de pierres. Autant d'événements qui constituent des "épreuves". C’est ici un obstacle à surmonter. Dans l’édition, les « épreuves » désignent autre chose : un manuscrit que l’on soumet à l’imprimeur. C’est le moment où un projet, une idée, un travail longuement mûri, se révèle enfin au grand jour. En ce sens, l’épreuve est aussi un moment révélateur.

Quels sont les enjeux ? Regardons le système fonctionner :
Notre niveau d’énergie conditionne la réalisation de nos projets,
La réalisation de nos projets influence l’image que nous avons de nous-mêmes, notre niveau d’estime de soi,
Notre niveau d’estime de soi pèse sur la qualité de notre relation aux autres,
La qualité de nos relations agit sur la qualité de notre vie,
La qualité de notre vie détermine notre niveau d’énergie…

Vous pouvez reprendre la lecture de ce paragraphe… le cercle vicieux se referme

Fuir, combattre, se soumettre … ?
Il y a plusieurs stratégies pour redonner du sens à son travail. Reconstruire le sens, c’est supprimer des conduites programmées pour en mettre en place de nouvelles, trouver d’autres sources de motivation et de plaisir, apprendre à dompter ses peurs et angoisses, établir de nouvelles relations avec ses collègues, reconfigurer sa place dans l’entreprise. C’est un véritable puzzle existentiel qu’il faut remonter et où chaque pièce doit retrouver sa place.

Que faire individuellement ?
Retrouver son pouvoir d’agir. Un coté heureusement plus rose ! L’issue est toujours optimiste ; il suffit bien souvent de se poser, de se recentrer, de renoncer et …d’oser !
Beau programme, non ?

Seul(e) ?
Les personnes qui vivent ces difficultés au travail se croient seules et culpabilisent ...difficile de partager ces épreuves avec ses proches ou ses collègues… le rôle des professionnels qui les accompagnent avec bienveillance, sécurité et exigence est de libérer la parole pour qu'ensemble nous recouvrions le pouvoir de créer les conditions favorables à la "réemergeance" du sens du travail. 

16 octobre 2010

Bienvenue !

Je me décide enfin (!) à  ouvrir mon blog. Tisser du lien d'humanité à travers des liens hypertextes... voilà qui devrait m'aider à rédiger très prochainement mon premier article.
Dans l'attente, un joli texte du très grand Milton Erickson parlant de son métier de psychothérapeuthe,  et qui résonnera sans doute pour tous les "passeurs" qui  aiguisent quotidiennement leur posture d'accompagnant.

 « la différence majeure entre mon travail en hypnothérapie et le reste, c’est la même qu’il y a entre comment un blanc chasse et comment un peau-rouge chasse. Il dit, quand l’homme blanc part à la chasse, il rassemble des bombes, des tanks, des mitraillettes, des chiens, des milliers de personnes, ils vont en voiture jusque dans la forêt, et puis tout le monde sort en hurlant et tire sur tout ce qui bouge en espérant qu’ils vont atteindre quelque chose. Voilà comment le blanc part à la chasse. Le peau rouge part tout seul, jusqu’à l’orée de la forêt, il a peut-être un couteau, dit une prière, en demandant son pardon à la forêt parce qu’il va prendre une vie, afin que son peuple puisse vivre, il marche avec respect, en étant très attentif à ne pas perturber quoi que ce soit, trouve un joli rocher plat au soleil, il s’assied, il médite et attend qu’un animal vienne. C’est comme ça que chasse l’homme rouge et c’est comme ça que moi, je fais la psychothérapie. »