"J'ai vu un ange dans le marbre et j'ai seulement ciselé jusqu'à l'en libérer" (Michel Ange)



21 octobre 2010

De la reconversion professionnelle

En Europe, trois salariés sur quatre rêvent de changer de vie.

 Mais combien sont-ils à réaliser leur rêve ?  Combien de réussites, d’échecs et de changement de plans?  Aucune statistique officielle sur le sujet. Chose inhabituelle, les seuls chiffres dont nous disposons (enquête Monster)  concernent les rêves, et non les faits.
-        Les salariés européens seraient 74% à songer  à une reconversion,
-        8% se déclarent satisfaits de leur carrière actuelle.
 Le désir de fuite semble donc être la chose la mieux partagée au travail ! Et la crise économique,  loin de décourager les candidats, semble même précipiter les réorientations professionnelles volontaires.  Lorsque l’environnement devient mouvant et n’assure plus un minimum de sécurité, autant faire ce dont on a vraiment envie et ,  rêvons grand ! … être payé pour ce qu’on aime faire !
Est-ce le signe d’un véritable mouvement social ? Certains sociologues semblent le confirmer. L'effondrement des institutions tutélaires telles que la Famille, l'Etat, l'Eglise, l'Armée, les Syndicats bouleverse les schémas traditionnels et pousse  chacun à « devenir  lui-même », en dehors de ces  constructions collectives, ce qui ne s'est jamais produit dans l'histoire. La réorientation  professionnelle n’est souvent qu’un moyen d’assouvir  un désir plus profond: la réalisation de soi.
Les projets de nos clients  sont divers et variés : devenir son propre patron,  voyager, créer son activité, faire de sa passion une source de revenus, s’installer à la campagne, tous  obéissent à la même  logique: prendre sa vie en main, agir plutôt que subir, s’assumer, s’épanouir.


Pour autant, la réorientation professionnelle n’est pas « un long fleuve tranquille » 

Pour la plupart des gens, le désir de changement est fondamentalement ambivalent  : on cherche à rompre, mais avec quoi? Avec son métier, avec son environnement, avec son passé? Et pour aller vers où, vers quoi, pourquoi?
Des questions existentielles se greffent sur le projet professionnel amenant de la confusion interne.  Souvent une crise professionnelle, familiale ou personnelle (nouvelle organisation du travail, divorce, arrivée d’un enfant,  maladie,…)  fait monter encore la pression et sert de déclencheur. C’est généralement à ce stade que nos clients souhaitent être accompagnés dans leur décision et leur transition.

Cette crise ouvre un espace de liberté. Le désir de mettre au diapason convictions personnelles et mode de vie. . «Il y a encore dix ans, rappelle C. Négroni, l’idée de reconversion professionnelle n’était pas entrée dans le champ social. On parlait seulement de reconversion industrielle. Or, l’idée de reconversion professionnelle, qui s’est imposée aujourd’hui, va bien au-delà du changement biographique. Elle porte en elle l’idée de conversion, de retour à soi, de rencontre avec une partie de soi-même, d’où débouchera, peut-être, une importante transformation.»



S’engager réellement

Quel est le risque à attendre autant d’un changement de cap?  Se trouver soi-même en changeant de métier, est ce une illusion ? À trop espérer, à trop s’investir, que risque-t-on ? «C’est comme dans une histoire d’amour, explique cette ancienne employée dans l’administration reconvertie dans l’hôtellerie. Au début, tout est beau, tout est rose. On idéalise sa nouvelle vie, on en nie les défauts, on se dit que c’est la plus belle chose qui nous soit arrivée. Puis vient le moment de la désillusion. Rien ne va plus, l’argent ne rentre pas, le métier n’est pas si réjouissant. Les crises se succèdent, on s’énerve, on pleure, on désespère. Il faut rompre à nouveau, admettre qu’on s’est trompé, revenir en arrière. Ou alors, il faut prendre la décision de s’engager réellement, en connaissance de cause, et accepter qu’à la phase initiale de passion aveugle succède une phase de maturation vers un projet professionnel raisonnable pour les autres et acceptable pour soi.»
En tant que coach, j’ai  l’habitude de dire qu’il faut 5 ans pour trouver sa nouvelle place. Il y a des moments de doute, des oscillations entre persévérer ou se retirer, des chemins de traverse à prendre, des renoncements à faire, parfois une changement identitaire à vivre… mon métier consiste à vous aider à passer le gué plus rapidement et en sécurité.

Reconfiguration de notre société ou pas, tout ceci n’a pour autant rien d’hypermoderne.  À la fin de l’automne 1902, Franz Kappus hésite à délaisser la carrière militaire  pour embrasser la vocation d’écrivain. Il cherche une réponse auprès du poète Rainer Maria Rilke. «Votre regard est tourné vers l’extérieur, et c’est d’abord cela que vous ne devriez désormais plus faire, répond R.M. Rilke. Personne ne peut vous conseiller ni vous aider, personne. Il n’y a qu’un seul moyen: plongez en vous-même (…). Avant toute chose, demandez-vous à l’heure la plus tranquille de votre nuit: est-il nécessaire que j’écrive? Creusez en vous-même en quête d’une réponse profonde. Et si elle devait être positive, si vous étiez fondé à répondre à cette question grave par un puissant et simple: “Je ne peux pas faire autrement”, construisez alors votre existence en fonction de cette nécessité.»(Lettres à jeune poète, Paris, le 17 février 1903).

 Par-delà les époques et les frontières, le conseil  de R.M. Rilke reste d’actualité. 

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